Journal d’une hippie : Le début d’un long voyage

Voyager n’avait rien de nouveau pour moi. Je viens de 2 familles d’expat’, et mes parents m’ont toujours embarquée dans leurs valises. Petite, j’allais souvent en Italie rendre visite à la famille, et à 13 ans j’ai même voyagé au Sénégal, un joli cadeau que mon père m’a offert pour m’ouvrir les yeux sur le monde. A 20 ans, j’aillais vivre seule en Espagne grâce à Erasmus, à 23 je partais pour la première fois en sac à dos, à 24 je découvrais l’Amérique du Sud pour un mega road trip, et ainsi de suite. Le voyage fait partie de moi. Mais celui là était bien différent. Il ne s’agissait pas juste de découvrir de nouveaux paysages, une nouvelle langue ou prendre 8 kg grâce aux délicieuses spécialités locales, car j’allais apprendre autant de choses sur moi que sur le Pérou.


Octobre 2016.
Lima n’a rien de différent des autres capitales : bruyante, polluée, goudronnée. Je n’ai qu’une hâte, arriver à Quinua pour commencer mon volontariat. Après une semaine passée dans cette première association avec mon amie Laure, on a enchainé les missions un peu partout au Pérou pendant 2 mois : Hôtel à Cuzco, projet écologique à Arequipa, ect. Chaque ville apportait de nouvelles rencontres, de nouvelles expériences, et un enrichissement indéfinissable.

Il me restait encore un mois de voyage et c’était le moment où je me retrouvais seule sur la route. Mon objectif était maintenant de trouver un lieu de retraite. Cuzco était une ville où je me sentais bien, mais tous les lieux de retraite que je visitais étaient habités par des voyageurs à l’esprit brouillés par Marie-Jeanne. Une approche de la spiritualité, certes, mais loin de la mienne. Je n’arrivais pas à trouver CE lieu, coupé du monde et des artifices qui me permettrait un réel travail sur moi. Puis je suis tombée sur cette annonce pour un volontariat. La Merced, aux portes de l’Amazonie, un hôtel zen qui travaille avec un chaman et cherche des bénévoles pour apporter leur aide quelle qu’elle soit. En échange, le chaman offre ses soins. Après un bref descriptif, il est écrit : « PAS D’ALCOOL, PAS DE TABAC, PAS DE DROGUE, PAS DE FETE » Bingo ! Je propose toute l’aide que je peux afin d’être acceptée. Mon interlocuteur semble peu emballé mais il finit par me dire « oui ». Casa Namaste me voilà !

Le bus me dépose à 5h du matin, à la gare routière. Je suis encerclée par les montagnes, vêtues de forêt tropicale, encore cachées par le brume. Le soleil se lève déjà, j’entend toutes sortes de bruits : oiseaux, insectes, singes, un beau cadeau de bienvenue. Un certain José avec qui j’avais échangé vient me chercher pour m’amener à l’hôtel. Il me montre la chambre des volontaires et me propose de me reposer un peu. A mon réveil tout semble différent : l’hôtel n’a rien de la hutte que j’avais imaginée ! Tout est grand, propre, moderne et il y a même une piscine ! Je fais la connaissance des deux autres volontaires et au déjeuner, José nous rejoint. Il me propose de passer l’après-midi avec lui pour que je puisse connaitre la ville, le marché et tout ce qu’il y a à savoir sur le travail à faire. On commence par le marché, où les plantes médicinales se mêlent aux fruits et aux graines, et nos discussions deviennent tout de suite profondes. Il sait que je suis là pour travailler sur moi, et on dirait qu’il attaque déjà la thérapie. Pendant tout ce temps, j’ai la même question que je finis par lui poser : « Quand vais-je pouvoir rencontrer le chaman ? » et je suis étonnée quand il me répond « C’est moi ! »

Première leçon : un chaman n’est pas forcement un petit vieux sans dents à longue barbe, vivant au milieu de la foret vierge. Celui-ci se présentait sous la forme d’un grand péruvien aux chemises à carreaux. Son titre, il le tient de ses grand-mères auprès desquelles il a grandit, et de son maitre qui vit à quelques pas de l’hôtel qu’il a créé.

Sa question a été très directe : « Pourquoi tu es là ?« . Ma réponse a été longue à formuler pour être la plus honnête possible. Je voulais aider dans son hôtel, mais aussi apprendre le chamanisme et bien sûr, faire un travail en profondeur sur moi. « Ok, on commence ta thérapie dès ce soir. Le chamanisme ça ne s’enseigne pas, ça se partage, alors tu n’auras qu’à observer tout ce que tu vas vivre. »

Ainsi, en un après-midi on avait établit les règles : j’allais bénéficier de ses soins tout en apprenant, et de mon côté je pourrai aider à l’hôtel que ce soit avec le ménage, la cuisine, ou alors jouer avec les enfants qui viennent de la favelas d’en face et pourquoi pas même offrir mes soins avec le Reiki et la méditation.

Purifier le corps
A la nuit tombée, la pièce était prête : table de massage, Palo Santo, musique de méditation, huiles essentielles, bol tibétain, tout est là. Les 2h qui ont suivi ont été très intenses entre cris de douleur et larmes de libération. La réflexologie plantaire a permis de faire une lecture de tout mon être : corps, mental, émotionnel, le chaman avait entre ses mains tout mon historique. Tout était là, je n’avais plus qu’à prendre du recul pour voir qui était Claire, et les points sur lesquels j’avais besoin de travailler pour me sentir mieux.
Le lendemain, j’ai suivi les premières instructions en faisant une journée de jeun et de purification. Habituée à mes oeufs, avocat et café local, boire cette infusion dégelasse amère m’a d’entrée annoncé la couleur : ce travail allait être difficile. L’infusion appelée Sen a pour but d’aller dans tous le corps pour évacuer toutes les toxiques. Journée méditation, lecture inspirante, exercice de développement personnel, je mets ce temps à profit entre deux aller-retour aux toilettes en subissant l’effet « libératoire » du Sen. J’ai passé tellement de temps dans ces toilettes que je peux vous dire exactement combien il y avait de carreaux collés au sol. Le petit détail c’est que la seule fenêtre de cette pièce donnait directement sur la salle de vie. Oui, les péruviens n’ont pas toujours le sens de la logique. J’aurais aimé parlé à l’architecte ce jour là, et lui exposer mon point de vue sur le concept de pudeur. En tous cas, ce concept a volé en éclat ce jour-là, et c’était peut-être pas si mal.
24h plus tard, après avoir maudit le Sen, le chaman et ces p***** de toilettes, je peux dire que l’effet est plus que bénéfique. Je me réveille le lendemain avec une sensation de légèreté dans mon corps, ma tête et mon coeur. Comme si tout ce qui me pesait était en train de disparaître. La bonne nouvelle, c’est que j’allais devoir renouveler l’expérience 2 fois par semaine.

Purifier le coeur
Parler de mes émotions n’a jamais été mon fort. Pourquoi parler de ce qu’on ressent à des gens qu’on connait alors qu’on peut écrire avec auto-dérision pour de parfaits inconnus, tranquillement caché derrière un blog ? La réponse : Parce que si tu le fais pas, ces émotions s’accumulent et se transforment en blocage. Du coup, la partie émotionnel n’a pas été la partie la plus agréable. Ouvrir son coeur, sortir ce qu’il y a dedans, mettre des mots dessus, et y faire du ménage, WOW il y en avait du boulot ! Un peu traumatisant, flippant, quelques claques aussi, mais au final, même les yeux bouffis j’ai reconnu que ce travail était super SUPER bon pour moi.
Je ne dis pas que j’ai appris à mieux m’exprimer, ça c’est un autre point, mais aujourd’hui je fais de mon mieux pour le faire, à ma manière et autant que possible. D’un autre côté, j’espère toujours que les gens qui m’entourent sont en train de développer d’incroyables techniques pour deviner ce que je pense et ressens, ce serait chouette aussi, non ?

Purifier la tête
Vous saviez que notre cerveau était un grand foutoire encombré par nos peurs, croyances et autre faux concepts ? J’avais lu quelques trucs sur le sujet, et puis j’ai réalisé à quel point je me bloquais, moi tout seule, comme une grande, sans que personne ne me dise rien ou m’empêche de faire quoi que ce soit. Cette étape m’a appris quelque chose qui a changé ma vie : n’écouter que moi, ne suivre personne, être la seule maitre de ma vie. Attention ça ne veut pas dire ne pas écouter les conseils ou en faire qu’à sa tête, mais tout simplement apprendre à suivre son instinct, penser et agir en fonction de ce que NOUS voulons vraiment et pas en fonction des autres. Ne suis personne, ni ton maitre, ni ta famille, ni tes amis, ni ton mec, même pas ta mère. TU es la personne la mieux placée pour savoir ce qui es bon pour toi, alors fais toi confiance et suis-toi.
Faire un Reset de son cerveau n’est pas chose facile. Ça prend du temps. C’est comme si tous mes piliers s’écroulaient. Mon monde, celui dans lequel j’avais grandi en sécurité, ces idées, ces valeurs, tout n’était qu’une illusion qui partait en fumée. J’avais peur, je me retrouvais sans repères, sans équilibre, mais une fois l’effrondrement passé, je me suis retrouvée face à cette immense feuille blanche, un tableau vierge avec à ma disposition une infinité de couleurs pour le peindre. L’artiste de ma vie désormais c’était moi, et j’étais enfin libre de peindre ce que JE voulais. Aucune règle, aucune contrainte, je suis libre de TOUT décider, de tout choisir. J’avais décidé à donner mon premier coup de pinceau et je voulais que cette oeuvre soit magnifique.

Purifier l’énergétique et le spirituel
Mon premier défi a été de faire la différence entre la spiritualité et la religion. A cette époque, pour moi, c’était la même chose. Je ne pense pas avoir été traumatisée par les messes ou les cours de catéchisme, mais j’avais quand même ce blocage vis-vis de la religion. Du coup, pendant ma thérapie, quand on me demandait de prier ou de faire le signe de croix la réponse était « Non ». Je ne saurais expliquer ce qui m’a permis de dépasser ce blocage, sans doutes l’expérience et les discussions, en tous cas, retrouver la foi a été quelque chose de miraculeux. On a tous besoin de croire en quelque chose, et renouer avec l’Univers m’a redonner espoir en tout.
Pour cette étape de ma thérapie, José m’a amenée voir son maitre. Elsa est une octogénaire qui vit en bordure de la ville, dans la communauté autochtone. L’humilité de son foyer en dit long sur la personne. J’ai eu droit à une technique locale pour lire quelles énergies m’habitaient. La tête recouverte par un drap blanc, elle y posa un verre d’eau qu’elle rempli ensuite avec du plomb fondu. Une fois figé, le plomb prenait toutes sortes de formes. Devant cet art abstrait, elle était capable de faire ma lecture énergétique. Dans un langage mi-espagnol, mi-natif, elle me racontait des histoires d’esprits, d’entités et de forces, des termes étranges que je n’étais pas sûre de vraiment vouloir comprendre. L’expérience fut renouvelée 2 fois, après quoi elle me disait libérée de certaines énergies, mais j’allais devoir utiliser d’autres techniques pour aller plus en profondeur. Chaque soir, pendant 7 jours, au couché du soleil, je devrais prendre un bain rempli de plantes sacrées pour purger mon âme (Wow, dit comme ça j’avoue c’est flippant haha). José étant investit de la même mission, il me propose de se le faire l’un à l’autre pour que je puisse pratiquer. Pas vraiment sûre de moi, j’accepte quand même. Et ainsi, pendant 7 soirs, notre rendez-vous était donné. Prière, méditation, on se laissait guider par notre coeur pour aider l’autre. Une fois la semaine écoulée, nous sommes retournés voir Elsa pour savoir ce que le plomb avait à dire. Le plus gros du travail était accompli, les gros morceaux de plombs avaient disparus, maintenant il faudrait un travail constant pour éviter les quelques résidus.

2 semaines après ma première séance, je me sentais différentes mais plus que jamais moi-même. Comme si j’étais passée dans une énorme machine à laver qui me rendait enfin toute propre. La paix et la légèreté que je ressentais était incroyable. Etait-ce possible de se sentir aussi bien ? J’aurais voulu garder cette sensation pour toujours, et à ce moment là, je savais que c’était possible en faisant des efforts continus. Au cours de ces 2 semaines j’avais accumulé tout un savoir qui me permettrait d’aider d’autres personne à ressentir cette paix. Je n’avais qu’une envie, le partager à mon tour.

Grâce à cette retraite, j’ai enfin appris à m’aimer. Ce que je ne savais pas encore, c’est que j’étais sur le point de rencontrer l’Amour, celui avec un grand « A ». Mais ça , je vous le raconterai dans le prochain article 🙂

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